Prévention des chutes chez les personnes âgées : tous impliqués !

11/03/2022

Olivier Véran, Ministre des Solidarités et de la Santé et Brigitte Bourguignon, ministre déléguée chargée de l’Autonomie, ont lancé le 21 février dernier un plan national triennal antichute des personnes âgées. L’objectif ? Réduire de 20 % d’ici à 2024 les chutes mortelles ou invalidantes des personnes de plus de 65 ans. Pour y parvenir, le gouvernement compte sur la mobilisation coordonnée des acteurs institutionnels locaux (Conseils départementaux, Autorités Régionales de Santé, Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie), mais aussi l’implication des professionnels de santé et médico-sociaux travaillant auprès des personnes âgées.

 

Les chutes chez les personnes âgées, un risque de perte accélérée d’autonomie

 

Selon les données de Santé Publique France chaque année 450 000 personnes de plus de 65 ans sont victimes d’une chute, soit 1 personne sur 3. Le bulletin sur la surveillance épidémiologique des chutes chez les personnes âgées indique qu’en 2010, on comptait plus de 76000 hospitalisations pour fracture du col du fémur, survenues 9 fois sur 10 à la suite d'une chute. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, l’âge est l’un des principaux facteurs de risque de chute, en lien notamment avec la survenue de troubles de la vision et de l'équilibre, le vieillissement articulaire et musculaire, l'isolement et un habitat peu adapté : « c’est chez les personnes âgées que le risque de décès ou de traumatismes graves dus à une chute est le plus élevé. (…) Ce niveau de risque est peut-être en partie attribuable aux modifications physiques, sensorielles et cognitives associées au vieillissement, conjuguées à des environnements qui ne sont pas adaptés à une population vieillissante ».

Les chutes sont fréquentes et peuvent avoir des conséquences physiques et psychologiques graves voire dramatiques chez les sujets âgésSelon les données publiées récemment par le Ministère de la santé, recueillies en 2016 par le Centre d’épidémiologies sur les causes médicales des décès et en 2020 par le Programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI) selon les calculs de l’Agence Technique de l’Information sur l’Hospitalisation, chaque année, les chutes des personnes âgées entraînent plus de 130 000 hospitalisations et 10 000 décès. Ces chutes représentent également un coût non négligeable, estimé à plus de 2 milliards par an dont 1,5 milliard pour l’Assurance Maladie. Ce sujet est d’autant plus crucial que la part des papy et mamie-boomers, âgés de 75 à 84 ans, dans la population globale va doubler d’ici à 2030.

 

Téléassistance, repérage des signes "avant-chuteurs", portraits-types de "chuteurs" : des outils pour réduire les risques

 

Suite aux 80 propositions du rapport Broussy en faveur d’un nouveau Pacte entre générations publié en mai 2021, et aux recommandations de la Cour des comptes en novembre 2021, le gouvernement a dévoilé le 21 février dernier un plan national antichute des personnes âgées. L’ambition est de diminuer de 20 % d’ici à 2024 les chutes mortelles ou invalidantes des personnes de plus de 65 ans. Ce plan s’inscrit plus largement dans une dynamique concertée à l’échelle européenne sur la prévention de la perte d’autonomie des personnes âgées.

Il s’articule autour de cinq grands axes : savoir repérer les risques de chutes et alerter ; aménager les logements pour éviter les risques de chutes ; proposer et clarifier l’usage des aides techniques à la mobilité ; renforcer le recours à l’activité physique adaptée ; généraliser l’accès aux services de téléassistance au plus grand nombre.

Le premier axe premier consiste à repérer et prévenir les risques de chutes grâce à des outils partagés par les différents professionnels de santé. Il est en effet essentiel de connaître les cinq signes avant « avant-chuteurs » et les deux portraits-types de chuteurs. Le repérage doit aussi permettre d’identifier les risques liés au logement, deuxième axe, pour permettre aux seniors de l’adapter et de le sécuriser, avec des démarches simplifiées pour bénéficier d’aides financières (« Ma Prime Adapt’ »).

Le troisième axe vise à favoriser le recours aux aides techniques à la mobilité, via la réduction du coût et du reste à charge des aides les plus pertinentes, la promotion des modules de rééducation post-chute après une hospitalisation et la formation des professionnels. Le quatrième axe met l’accent sur le développement de l’offre d’activité physique adaptée aux besoins individuels des personnes âgées.

Enfin, le cinquième axe insiste sur la généralisation de la téléassistance, qui est un pilier important de la prévention des chutes et des rechutes, et, par là-même, du maintien à domicile des personnes âgées. La téléassistance fait partie des mesures clés prises à l’automne dernier dans le cadre du Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale 2022 pour accompagner le vieillissement de la population.

 

Le rôle clé des infirmiers dans la prévention des risques de chute, en particulier à domicile

 

Pour lutter contre la banalisation des risques de chute des personnes âgées et leurs conséquences, l’implication des professionnels qui les accompagnent au quotidien est décisive. La prise en charge infirmière de la vulnérabilité chez les personnes âgées comprend un rôle essentiel de soins techniques et préventifs (nursing, prélèvements, dialyse, soins de plaies, suivi de chimiothérapie, prévention des escarres, surveillance de l’état général) mais aussi relationnels : aide à certains actes du quotidien, aide aux démarches, soutien psychologique...

Les infirmiers sont des acteurs clés de la prévention des risques, en identifiant les signes sanitaires et psycho-sociaux avant-coureurs de risque de chute chez leurs patients : troubles de l’équilibre ou de la vision, sédentarité, dénutrition, isolement. Ils peuvent recommander des aménagements du domicile des personnes âgées, notamment la chambre et la salle de bains, par exemple en favorisant les espaces libres pour des déplacements avec un appareillage, en supprimant les éléments glissants au sol, en suggérant l’installation de barres d’appui dans les toilettes etc.

Ils peuvent aussi accompagner les patients dans leurs démarches, notamment la mise en place de la téléassistance, qui permet une intervention rapide en cas de chute ou de malaise à domicile. Cela suppose l’installation d’un équipement particulier, micro-haut-parleur et émetteur-récepteur porté en permanence par la personne âgée, relié à une centrale d’écoute, voire de solutions perfectionnées : objets connectés pour détecter les chutes, capteurs disposés à des endroits stratégiques pour vérifier que la personne mange bien régulièrement ou sort de sa chambre.

Une mission qui rejoint celle de « préventeur » qu’Olivier Véran, ministre de la Santé et des Solidarités, souhaite conférer à la profession infirmière, comme il l’a annoncé lors du colloque sur l’avenir de notre système de santé, organisé par l’Ordre national des infirmiers. 

 

Références :

 

Pour aller plus loin :