La Matinale de l’Ordre #14 : Comment préserver la santé et le bien-être au travail des infirmiers au temps de la covid 19 ? Lancement d’une étude internationale

19/01/2021

Vignette de présentation : Matinale 14

 

Ce jeudi 14 janvier 2021 se tenait la 14ème édition de la Matinale de l’Ordre National des Infirmiers, avec la participation de :

  • Philippe Delmas, professeur HES ordinaire, Ph.D en Sciences infirmières , MBA. Responsable du LER « Qualité des soins et Sécurité des Patients » à l’Ecole la Source de Lausanne,
  • Claudia Ortoleva Bucher, professeure HES ordinaire, Ph.D en Sciences infirmières à l’école La Source de Lausanne,
  • Dan Lecocq, Ph.D candidat (doctorant) en santé publique, Université Libre de Bruxelles, et maître de conférence à l’Université Libre de Bruxelles,
  • Anne-Marie Pronost, Directrice Hospitalisation à domicile, Clinique Pasteur à Toulouse, Professeur associé à TSM Université de Toulouse 1,
  • Patrick Chamboredon, Président de l’Ordre National des Infirmiers,
autour du thème « Comment préserver la santé et le bien-être au travail des infirmiers au temps de la covid 19 ? Lancement d’une étude internationale ». Les participants ont ainsi annoncé le lancement d’une grande étude longitudinale, auprès des infirmiers de France, de Belgique et de Suisse, visant à évaluer et comprendre les facteurs protecteurs déployés par les infirmiers pendant la pandémie. Explications.

 

Pandémie de covid19 : le marathon sanitaire des infirmiers

La crise de la covid19, qui a débuté il y a un an à Wuhan, continue de sévir partout dans le monde, représentant un véritable marathon sanitaire pour les infirmiers. "Dès le début de l’épidémie, nous avons compris que la situation allait être complexe et avons rapidement lancé des consultations auprès des infirmiers pour pouvoir alerter les pouvoirs publics sur leur situation " relate Patrick Chamboredon. L’Ordre a ainsi lancé l’alerte dès le 10 mars, notamment au sujet des équipements de protection, de la nécessité de soulager les soignants (gardes d’enfants, appel à la réserve sanitaire…), et de l’impératif de poursuivre les autres soins. Une cellule de crise a également été activée, avec la mise en place d’une Permanence Covid et d’un partenariat avec PsyCorona, qui permet aux infirmiers d’avoir accès gratuitement et en toute confidentialité à des psychologues.

Le 4 avril, une première consultation, à laquelle 70 000 infirmiers ont répondu en l’espace de 72h, confirme un mal-être grandissant. Une souffrance qui se confirme au cours des mois suivants, et qu’Anne-Marie Pronost a observé sur le terrain. L’un des facteurs de stress majeur a été l’absence de mode opératoire précis, les infirmiers devant en permanence se réadapter, explique-t-elle. Par ailleurs, elle note « un stress post traumatique lié à la déprogrammation massive des interventions, avec ce sentiment de perte de chances pour les patients habituellement pris en charge ». En Belgique, Dan Lecocq fait le même constat : l’ensemble du personnel soignant, qui a souvent fait preuve d’un sur-engagement, a été soumis à rude épreuve. Il précise : « Les infirmiers ont connu de nombreuses difficultés, et pas uniquement dans les unités spécialisées. Le vécu des infirmiers qui n’étaient pas au chevet des covid+ mérite aussi d’être étudié. »

Philippe Delmas alerte : « Il est indispensable de suivre le sujet de la santé des infirmiers dans le temps long ». En effet, lors des épidémies de SRAS et de MERS, 45 études avaient été réalisées sur le sujet de la santé au travail. Celles-ci ont montré que le stress post-traumatique (symptômes dépressifs, angoisses, insomnies…) pouvait se manifester jusqu’à 2 ans après la crise sanitaire.

 

De premières études sur le vécu des infirmiers lors de la crise sanitaire

De premières études sur la santé mentale des infirmiers ont été menées. L’Ordre National des Infirmiers a ainsi lancé en octobre une grande consultation auprès de tous les infirmiers. Patrick Chamboredon détaille les résultats : « Lors de notre grande consultation en octobre, les infirmiers consultés ont évoqué une charge de travail plus importante, un sentiment de n’avoir pas suffisamment de temps pour bien prendre en charge les patients, des conditions de travail dégradées, et surtout 43% d’entre eux pensaient ne plus être infirmiers dans 5 ans. » Un signal d’alerte très fort à prendre en compte, alors que l’épidémie se prolonge.

Toutefois, nuance Claudia Ortoleva Bucher, la pandémie a donné lieu à de multiples réactions : « Ne voyons pas la pandémie comme quelque chose de global et unique : les facteurs de stress sont multiples, et impactent les gens différemment : peur, tristesse, mais aussi bonheur, fierté. Et il est très intéressant de voir quels sont les éléments qui provoquent des émotions positives, et les ressources mobilisées ».

Un constat que partage Dan Lecocq, qui a réalisé une étude qualitative avec le CHU de Bruxelles. Lors de cette étude, 19 infirmières volontaires ont recensé les émotions ressenties lors de la crise. Si 17 d’entre elles ont ressenti de la peur et de la tristesse, les 19 infirmières ont également ressenti du bonheur. Ce bonheur était lié, en premier lieu, avec les relations qu’elles avaient pu avoir avec leurs collègues et l’ensemble du personnel soignant. Cette étude fournit ainsi de premières pistes sur les ressources que les infirmières ont pu mobiliser pour traverser la pandémie. 

 

Tableau classant les émotions ressenties par les infirmières

Tableau classant les événements qui provoquent ces émotions

 

Lancement d’une grande consultation sur les facteurs de résilience

Comme le rappelle Claudia Ortoleva-Bucher, « beaucoup d’études ont été faites pendant les précédentes pandémies, mais avec une approche pathogénique. » Or, il est aujourd’hui nécessaire d’étudier les leviers de la motivation des infirmières et les leviers de leur engagement au quotidien, pour les renforcer et pérenniser leur attachement à la profession.

Aussi, Patrick Chamboredon a annoncé le lancement d’une grande étude longitudinale, à la fois qualitative et quantitative, auprès des infirmiers, de France, de Belgique et de Suisse.

L’ensemble des infirmiers inscrits à l’Ordre, s’ils le souhaitent, pourront répondre au questionnaire quantitatif. Ceux qui seront volontaires pourront également participer aux focus groups prévus dans un 2ème temps. L’Ordre espère que les participants seront nombreux, ce qui rendra l’étude d’autant plus riche et pertinente.

Cette étude vise à enrichir les connaissances des facteurs de résilience des infirmiers en temps de crise épidémique. Ainsi, ceux-ci pourront être mieux armé pour proposer de nouvelles solutions, au service des infirmiers, et donc au service des patients. 

 

Retrouvez ci-dessous l’intégralité des échanges de la Matinale de l’Ordre #14 : « Comment préserver la santé et le bien-être au travail des infirmiers au temps de la covid 19 ? Lancement d’une étude internationale » :

 

 

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