Matinale de l’Ordre #19 : Grippe, Covid : les enjeux de la campagne de vaccination et le rôle-clé des infirmiers dans la couverture vaccinale

07/12/2021

 Visuel annonce Matinale de l'Ordre 19ème

« Grippe, Covid : les enjeux de la campagne de vaccination et le rôle-clé des infirmiers dans la couverture vaccinale »

 

 

Ce jeudi 30 novembre, alors que la situation épidémique se dégrade en France et que les virus de la Covid-19 et de la grippe circulent tous deux, l’Ordre National des Infirmiers a diffusé une 19ème édition de sa Matinale, autour du thème : « Grippe, Covid : les enjeux de la campagne de vaccination et le rôle-clé des infirmiers dans la couverture vaccinale ». Le Dr Isabelle Vincent, responsable adjointe du département prévention et promotion de la santé à la CNAM, le Dr Patricia Minaya Flores, cheffe du service évaluation en santé publique et évaluation des vaccins à la HAS, Caroline Bussière, Cheffe du bureau Santé des Populations et Politique Vaccinale à la direction Générale de la Santé, Jean-Pierre Thierry, conseiller médical de France Assos Santé et Patrick Chamboredon, Président de l’Ordre National des infirmiers, ont participé au débat. Synthèse des échanges.

 

Enjeux et modalités de la campagne de vaccination antigrippale 2021-2022

 

Comme le rappelle Patrick Chamboredon, alors que la vaccination est l’intervention de prévention la plus efficace contre les maladies infectieuses, la couverture vaccinale est loin d’être optimale en France. Tandis que l’OMS recommande un taux de vaccination de 75% des plus de 65 ans contre la grippe, près de la moitié des Français dans cette tranche d’âge ne sont pas vaccinés. Le Ministère de la Santé et la CNAM mettent en place différentes actions pour faire progresser la couverture vaccinale. Le Ministère a ainsi anticipé le démarrage de la campagne de vaccination, qui a commencé le 18 octobre dans les EHPADs, et le 22 octobre pour les publics prioritaires : personnes âgées de plus de 65 ans, personnes souffrant d’obésité, femmes enceintes etc. Par ailleurs, le nombre de doses disponibles est supérieur de 18% à celui de l’année passée.

En parallèle, la CNAM a envoyé plus de 15 millions de courriers avec des bons de prise en charge à l’ensemble des publics identifiés comme prioritaires au sein de sa base de données. « Ce dernier point est important, souligne le Dr Isabelle Vincent, car on ne repère pas forcément dans nos bases de données les personnes enceintes ou qui souffrent d’obésité. Les infirmiers qui détectent ces personnes doivent donc les inviter à se faire vacciner. C’est essentiel. ». La CNAM organise également une campagne de communication grand public, afin de faire comprendre aux personnes à risque qu’elles le sont. « Il faut rappeler que la grippe est imprévisible, et dangereuse pour les personnes à risque », répète le Dr Isabelle Vincent. « L’enjeu c’est que toutes les populations éligibles se fassent vacciner. »

 

Circulation concomitante de la grippe et de la Covid-19 : une période à haut risque

 

Le contexte actuel, avec co-circulation de la Covid-19 et de la grippe au cours des prochains mois, semble particulièrement préoccupant. D’une part, on estime que, cette année, la grippe sera plus virulente que les années passées. Des études américaines anticipent ainsi une grippe entre 1,2 et 1,5 fois plus forte que l’année passée rapporte Jean-Pierre Thierry, conseiller médical de France Assos Santé. En parallèle, la diffusion actuelle de la Covid-19 dépasse les prévisions les plus pessimistes de l’Institut Pasteur, explique le Dr Patricia Minaya Flores, de la Haute autorité de santé.

 

Or, souligne l’ensemble des intervenants, les populations à risque sont les mêmes pour la grippe et pour la Covid-19. Dès lors, « le seul moyen de nous protéger, en plus des gestes barrières qui doivent être respectés, c’est la vaccination ! » martèle le Dr Patricia Minaya Flores : pour soi, pour ses proches, et pour l’ensemble du système de santé : en effet, « une épidémie saisonnière de grippe forte, (…) c’est la moitié des hôpitaux français sous tension » explique Jean-Pierre Thierry. « Dans l’état du système hospitalier actuel, on ne pourrait pas absorber une cinquième vague PLUS une épidémie saisonnière de grippe ».

Le Dr Patricia Minaya Flores rappelle ainsi les recommandations de la HAS : en plus du vaccin contre la grippe, l’ensemble de la population est invité à recevoir une dose de rappel contre la Covid-19. « La double vaccination est indispensable » approuve Caroline Buissière, de la direction générale de la santé. « Il y a beaucoup de réticences du public à faire deux vaccins en même temps. Mais on ne se rappelle pas que les bébés reçoivent plusieurs vaccins en même temps. C’est un principe qui est clair, basé sur des preuves scientifiques : il n’y a aucune contre-indication à recevoir deux vaccins le même jour, à condition de le faire à deux points d’injection différents » précise Dr Patricia Minaya Flores.

 

Elargissement des compétences vaccinales des infirmiers, vaccination des soignants, « aller vers » : le rôle-clé des infirmiers

 

La profession infirmière occupe une place centrale dans la vaccination. Les infirmiers peuvent en effet prescrire et vacciner contre la Covid-19, et vacciner contre la grippe la population adulte sans prescription médicale. Tous les soignants doivent se faire vacciner, rappelle Patrick Chamboredon, au nom du devoir déontologique et de l’impératif de protection des patients.

Les infirmiers ont également un rôle de sensibilisation des publics, y compris les plus âgés, isolés ou vulnérables, parfois éloignés de la vaccination. De ce fait, « les infirmiers doivent s’approprier ce message de santé publique [de la vaccination], et aller vers les patients éloignés du système de soins. C’est vous qui allez de porte à porte voir les patients, et profiter d’une visite pour expliquer, et faire passer les messages, ainsi qu’à la famille » rappelle le Dr Patricia Minaya Flores.

 

En effet, « nous sommes quasiment les derniers professionnels de santé à nous rendre au domicile des patients » rappelle le Président de l’Ordre national des infirmiers. Il appelle ainsi à un élargissement des compétences de la profession à l’ensemble des vaccins du calendrier vaccinal. Une demande qui semble faire l’unanimité chez les intervenants : « On a intérêt à favoriser les délégations de tâches dans les années qui viennent, puisqu’on aura un creux dans la démographie médicale » approuve Jean-Pierre Thierry. Le Dr Patricia Minaya Flores, représentante de la HAS, complète : « Nous sommes conscients que c’est nécessaire. Nos équipes viendront rapidement vers les ordres professionnels concernés, car il faudra qu’on se réunisse tous. Il faudra mettre de côté les corporatismes et prendre des décisions qui répondront à l’intérêt du patient et de la santé publique ».