Face aux violences qui explosent, le Conseil de l'Ordre Infirmiers se mobilise
Soigner les soignants. Ce leitmotiv a traversé la Journée des Élus du 30 janvier, coorganisée par le CDOI 59 (Conseil Départemental de l’Ordre des Infirmiers) et le CROI (Conseil Régional de l’Ordre des Infirmiers des Hauts de France). Cette cinquième édition, qui s’est tenue à Lille au sein du ShAKe, a mis à l’honneur une mission ordinale fondamentale : l’entraide confraternelle.
« Cette solidarité entre pairs s’inscrit dans un cadre réglementaire et juridique. Il s’agit d’une démarche collective qui vise à protéger les soignants », introduit Nicolas Milleville, président du CROI , lors de la conférence inaugurale. Cette entraide est un accompagnement qui peut être psychologique, sociale et/ou financier.
Face à des remontées que la profession estime alarmantes concernant notamment les violences sexistes et sexuelles, le Conseil National de l’Ordre des Infirmiers (CNOI) a lancé courant janvier une vaste campagne d’information et de sensibilisation (https://stopviolences.ordre-infirmiers.fr/). « Tolérance zéro pour les agresseurs, insiste Alain Desbouchages, président du CNOI. On continuera à se porter systématiquement partie civile aux côtés des confrères agressés. Il en va de la dignité des professionnels, de la qualité des soins et de l’équilibre du système de santé. »
Une recrudescence des actes de violence
Des consultations menées en 2024 auprès des 600 000 infirmiers inscrits à l’Ordre des Infirmiers révèlent que deux infirmiers sur trois ont déjà été victimes de violences dans le cadre de leur exercice. Qu’elles soient verbales (75% des cas) ou physiques (37%), elles entament le bien-être au travail et altèrent la qualité des soins et la poursuite de l’activité.
La loi n°2025-623 du 9 juillet 2025 vient renforcer la sécurité des professionnels de santé notamment en durcissant les sanctions vis-à-vis des infractions commises à l’encontre des professionnels soignants dans l’exercice de leurs fonctions.
Des élus de mieux en mieux outillés
Face à ce constat implacable, l’ensemble des professionnels réunis lors de cette Journée converge vers la nécessité de mieux former les élus des différents conseils pour un meilleur accompagnement des collègues. Lors de la table-ronde, les élus ont partagé leurs expériences et les actions menées sur le terrain avec un objectif commun : mieux briser la loi du silence et mieux sensibiliser le public.
« On se doit assistance dans l’adversité, rappelle Mabrouk Nekaa, trésorier-adjoint du CNOI. Prendre soin de ceux qui soignent, c’est préserver la qualité et la sécurité des soins. »
Face à la cinquantaine de représentants présents, l’Ordre a rappelé sa mission première : aider et accompagner. Et celles des élus : conciliateur, médiateur, catalyseur ou encore fédérateur. « Les élus ordinaux sont les portes d’entrée face à des situations complexes, insiste Mabrouk Nekaa. Ils permettent de rompre avec l’isolement, de prévenir l’épuisement et de soutenir.»
Les échanges et débats ont permis de mettre au jour des pratiques que beaucoup souhaitent expérimenter. A l’instar de la mise en place d’une ligne téléphonique d’urgence accessible sept jours sur sept au sein du Conseil Interdépartemental de l’Ordre des Infirmiers de l’Eure et de la Seine-Maritime. « Nous l’avons déployée à la suite de l’agression d’une infirmière libérale, contextualise Karim Mameri, le président de CIODI 27-76. La ligne sonne sur le portable des six élus et le premier qui est disponible répond. »
Vers une harmonisation des pratiques
Afin d’insuffler une dynamique entre les régions, les élus proposent un travail collaboratif entre référents thématiques. « Identifier les compétences au sein des élus dans un périmètre plus large que nos propres commissions permet de gagner en efficacité et de valoriser davantage le travail accompli », précise Guylaine Segaud, vice-présidente du CDOI 59.
Un partage et une proximité d’autant plus appréciée qu’ils ont permis de déboucher sur une charte pour davantage préciser les contours de l’entraide et sur une feuille de route pour impulser les actions à mener.
L’acculturation dès les IFSI (Institut de formation en soins infirmiers) s’est imposée parmi les pistes à accentuer. « L’infirmier est certes un soignant, mais il est aussi chef d’entreprise quand il exerce en libéral et peut être amené à être lui aussi un patient, résume Aurélie Pétain, vice-présidente du CDOI 62. Nous sommes là pour l’accompagner en cas de difficultés qu’elles soient comptables, administratives ou juridiques. »
Présents aux côtés des infirmiers en cas de procédure collective, les élus ont noué des partenariats avec les différentes instances (tribunaux, URSSAF, ARS, etc.). « Cette main tendue est particulièrement appréciée », confie Aurélie Pétain.
Pour aller encore plus loin, le Conseil National de l’Ordre des Infirmiers expérimente depuis le mois de février une nouvelle forme de soutien social. Trois territoires sont actuellement en phase de test : l’Auvergne ; Mayotte et l’Ile de la Réunion ainsi que les Hauts-de-France. « Face à une détresse sociale qui tend à augmenter, l’aide financière n’est pas suffisante, constate Mabrouk Nekaa. C’est pourquoi nous avons développé un partenariat jusqu’en juin avec des assistantes sociales. » Si le test s’avère concluant, le dispositif sera généralisé à l’ensemble de la France.

